« Nous entamons une nouvelle étape dans notre relation avec le Maroc basée sur le respect mutuel, le respect des accords, l’absence d’actions unilatérales et la transparence et la communication permanente » ; c’est en ces termes que, dans un communiqué rendu public le 18 mars 2022 , le gouvernement espagnole a mis fin à près d’un an de crise diplomatique majeure qui l’opposait au Royaume du Maroc et qui était liée à la question du territoire disputé du Sahara occidental.
Cette annonce a fait suite à une autre déclaration plus claire et sans équivoque, devant la presse à Barcelone, du chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares, dans laquelle il a affirmé que « L’Espagne considère que l’initiative d’autonomie présentée en 2007 (par le Maroc) est la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution de ce différend » entre Rabat et les indépendantistes du Front Polisario.
Se frottant les mains de satisfaction de ce changement radical de position, le ministère marocain des Affaires étrangères a très rapidement salué dans un communiqué, « les positions positives et les engagements constructifs de l’Espagne au sujet du Sahara marocain ».
Mais, comme il fallait s’y attendre, cette sortie n’a pas été du goût des indépendantistes sahraouis du front Polisario comme de leur allié algérien. Dans un communiqué du ministère des Affaires Étrangères algérien cité par la presse, l’Algérie s’est dite « Très étonnées par les déclarations des plus hautes autorités espagnoles’’ et a décidé du ‘’rappel de son ambassadeur à Madrid pour consultations avec effet immédiat ».
Le front Polisario a quant à lui critiqué cette nouvelle position de l’Espagne en lui reprochant de contredire « absolument la légitimité internationale », car « les Nations unies, l’Union africaine, l’Union européenne, la Cour internationale de justice et la Cour européenne de justice et toutes les organisations régionales ne reconnaissent pas une quelconque souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental ».
Quoi qu’il en soit, ce revirement de position des autorités espagnoles sur le dossier du Sahara Occidental vient mettre fin à une brouille diplomatique entre Madrid et Rabat qui avait été provoquée en avril 2021 par l’accueil en Espagne, pour qu’il y soit soigné du Covid-19, du chef du Front Polisario, Brahim Ghali. En réaction, le royaume chérifien avait relâché sa surveillance sur ses frontières avec l’Espagne ; ce qui avait entrainé une arrivée massive de migrants d’origine marocaine dans l’enclave espagnole de Ceuta, sur la côte nord du Maroc.
Cet alignement du gouvernement espagnol sur la position du Maroc constitue aussi une victoire pour la diplomatie marocaine sous le leadership éclairé du roi Mohammed VI qui exigeait depuis plusieurs années que l’Espagne soutienne de façon officielle sa proposition d’autonomie du Sahara Occidentale. Le conflit du Sahara occidental, une ex-colonie espagnole considérée comme un « territoire non autonome » par l’ONU, oppose depuis des décennies
le Maroc aux indépendantistes sahraouis du Front Polisario, soutenus par Alger. Rabat, qui contrôle près de 80 % du Sahara occidental, propose un plan d’autonomie sous sa souveraineté, tandis que le Front Polisario réclame un référendum d’autodétermination. Retour sur un conflit qui dure depuis plus d’un demi-siècle.Le Sahara occidental est un territoire d’une superficie 266 000 km2 situé au nord-ouest de l’Afrique. Il est bordé par la province marocaine de Tarfaya au nord, l’Algérie au nord-est, la Mauritanie à l’est et au sud, tandis que sa côte ouest donne sur l’Atlantique. Quasi-désertique, ce territoire est riche en phosphates et son littoral atlantique très poissonneux.
L’histoire de cette partie de l’Afrique est fortement liée à celle du Maroc. Le Maroc et le Sahara Occidental, un lien historiqueAu milieu des années 1600, la dynastie alaouite prend la tête du sultanat du Maroc à la suite d’une période d’instabilité ayant suivi le décès du dernier sultan de la dynastie des Saadiens en 1659 et durant laquelle le pays est morcelé en plusieurs États indépendants. Moulay Rachid, troisième prince alaouite du Tafilalet, réunifie le pays entre 1664 et 1669 et réinstaure un pouvoir central, marquant ainsi le début de la dynastie alaouite du Maroc, qui est jusqu’aujourd’hui à la tête du royaume. En 1972, Moulay Ismail succède à Mulay Rachid décédé à la suite d’une chute de cheval. Le nouveau sultan purge à coups de sévères répressions toute forme d’opposition à son régime ; Ce qui permettra enfin à l’Empire chérifien d’accéder à la puissance, à la sécurité et à la crédibilité auprès de ses partenaires et de ses adversaires étrangers.
Moulay Ismaïl forme une grande armée composée essentiellement d’esclaves-soldats noirs originaires d’Afrique de l’Ouest et de soldats issus de tribus militaires arabes. Grâce à cette force dont l’effectif atteint 150 000 hommes, Ismaïl mène une guerre continuelle contre les tribus rebelles du Moyen et du Haut-Atlas qu’il finit par soumettre. Le sultan étend ainsi l’autorité chérifienne sur la Mauritanie jusqu’au fleuve Sénégal. Le Sahara occidental est donc à cette époque un territoire marocain.Le Sahara Occidentale sous protectorat espagnolEn 1859, l’Espagne déclenche une guerre contre le Maroc. Celle-ci se termine par une victoire de l’Espagne et le Maroc est contraint de signer avec l’Espagne le 26 avril 1860 le traité de Wad-Ras, dont les conditions lui sont très défavorables.En 1884 l’Espagne place le territoire du Sahara Occidental sous son protectorat.
Elle y établit des comptoirs commerciaux et une présence militaire. Le sultan du Maroc apporte son appui aux tribus locales pour lutter contre la puissance coloniale espagnole ; Cependant, cet appui prend rapidement fin lorsque le sultanat est lui-même soumis à un protectorat franco-espagnol en 1912. Le Sahara espagnol est alors créé en 1924 comme un territoire autonome. Il est administré en commun avec le territoire de Cap Juby (Tarfaya), séparément des territoires marocains.Entre octobre 1957 et avril 1958, le Maroc à la suite de l’indépendance de sa partie nord en 1956, tente de libérer les territoires encore sous occupation espagnole que sont Ifni, Tarfaya et le Sahara occidental de l’occupation espagnole.
À l’issue de la guerre d’Ifni, le Maroc récupère quelques territoires ; toutefois, une opération militaire conjointe franco-espagnole dite opération « Écouvillon », met en échec l’armée de libération marocaine. En 1963, le Maroc, revendiquant le territoire du Sahara Occidental, le fait inscrire sur la liste des territoires non autonomes de l’ONU.
Pour résoudre définitivement cette crise qui ne fait que trop durer, l’ONU tente de convaincre l’Espagne de décoloniser les territoires qu’il occupe encore et de négocier pour cela avec le Maroc. La résolution 2072 du 17 décembre 1965, appelant à la décolonisation, est ainsi votée malgré l’opposition de l’Espagne et du Portugal et l’abstention de certaines puissances telles que la France, le Royaume-Uni, et les États-Unis. À ce manque de consensus s’ajoute le conflit ouvert entre l’Algérie et le Maroc, qui culmine dans la guerre des Sables de 1963. De plus la Mauritanie revendique aussi ce territoire. De ce fait, les trois voisins du Sahara occidental ne parviennent pas à créer un front commun face à l’Espagne, qui perpétue ainsi sa domination. Finalement, En août 1974, l’Espagne, qui souhaite se retirer, annonce l’organisation d’un référendum d’autodétermination. Mais le Maroc s’oppose à tout référendum qui pourrait conduire à l’indépendance du territoire et demande à la Cour internationale de justice de statuer sur sa revendication. En 1975, la cour rend un avis et confirme l’existence de liens historiques entre les populations du Sahara occidental et le Maroc, ainsi que l’ensemble mauritanien.
Cependant, elle conteste toute souveraineté de ces deux États sur le territoire sahraoui et conclut que ces liens ne sont pas de nature à empêcher un référendum d’autodétermination de ses populations.La Marche verteQuelques jours après cet avis, Hassan II, Roi du Maroc, pour marquer la volonté d’une souveraineté marocaine sur ce territoire, annonce à son peuple qu’il est temps de prendre possession du territoire et organise une grande marche pacifique qui part du Maroc le 6 novembre 1975 vers le Sahara Occidental. Cette marche mobilise environ 350.000 volontaires civils. Ceux-ci, Coran et drapeau national en main, pénètrent dans le Sahara occidental ; mais trois jours après, Hassan II les appelle à revenir, « ses objectifs politiques et symboliques étant atteints. En effet, le 14 novembre 1975, l’Espagne signe les accords de Madrid avec le Maroc et la Mauritanie pour officialiser le partage du territoire dont les deux tiers nord sont octroyés au Maroc et le tiers sud à la Mauritanie. L’Algérie et les Sahraouis ne sont pas consultés.
Le retrait des troupes espagnoles s’effectue ensuite entre 1975 et 1976. Au lendemain du départ du dernier soldat espagnol du territoire, soutenu par l’Algérie, le Front Polisario, mouvement armé sahraoui créé en 1973 pour lutter contre l’occupation espagnole, proclame la République arabe sahraouie démocratique. Il mène dans le même temps des incursions armées contre les forces marocaines et mauritaniennes qu’il considère comme de nouvelles forces d’occupation. Le 10 août 1979 la Mauritanie renonce finalement à sa partie de territoire et la cède au Front Polisario. Quelques jours plus tard, le Maroc réagit au volte-face de son partenaire en annonçant l’annexion de l’ancien territoire mauritanien. Dès lors, le conflit connaît plusieurs escalades et des tentatives de résolution avec des plans de paix mené par les Nations Unies. Un cessez-le-feu est finalement signé en 1991. Le Maroc, autorité administrante du Sahara Occidentale.
Aujourd’hui, le Sahara occidental est un territoire divisé, par un mur de défense de 2700 kilomètres construit par Rabat dans les années 1980, et contrôlé à 80% par le Maroc sur la façade atlantique et une partie controlé par les indépendantistes sahraouis avec une zone tampon sous la surveillance de la Minurso, l’opération de maintien de la paix des Nations unies, censée organiser un référendum d’autodétermination dès 1992 ; une mission jamais réalisée.
D’ailleurs, depuis 2003, certains documents de l’ONU qualifient le Maroc d’« autorité administrante », ce qui lui donnerait le droit d’exploiter les ressources naturelles du territoire. La République sahraouie est quant à elle de plus en plus isolée au niveau international ; seule une trentaine de pays la reconnaissent en 2020, contre 79 en 1990.

