Les industries de ciment ont joué un rôle majeur en fournissant les matériaux nécessaires à l’édification de nos villes et infrastructures. Cependant, derrière cette apparente prospérité se cache un sombre revers, la pollution générée par ces industries. Ces polluants contribuent à la détérioration de la qualité de l’air dans les zones de la commune de Treichville, exposant ainsi la population à un risque accru de maladies respiratoires.

Treichville, commune située au sud d’Abidjan, regorge en son sein plusieurs industries de ciment implantées au cœur de la ville. Dans le quartier France-Amérique de ladite commune, les résidents vivent au quotidien avec les effets dévastateurs de la pollution engendrée par les cimenteries. Les usines qui sont censées contribuer au développement économique, ont plutôt plongé les habitants dans un environnement nocif, mettant en péril leur santé et leur bien-être. « Ici, on respire la poussière en permanence, c’est insupportable », témoigne Mamadou Coulibaly un riverain. « Les enfants ont souvent mal à la gorge, des irritations. Beaucoup de gens ont des problèmes respiratoires » souligne-t-il. Lacina Soro, transitaire âgé de la cinquantaine se plaint de problèmes respiratoires depuis son arrivée : « j’étais bien portant lorsque je travaillais dans mon ancienne structure, mais depuis que je suis arrivé ici j’ai les narines constamment bouchées », il poursuit en ajoutant « je me suis rendue dans plusieurs cliniques mais personnes n’arrivait à identifier la cause de mon mal. J’ai dû faire des examens et on m’a diagnostiqué la sinusite. Vu mon âge, le médecin m’a demandé fuir cet endroit sous peine de mort ».Les émissions toxiques provenant des cheminées des cimenteries se répandent dans l’air du quartier, les gaz d’échappement et les poussières de ciment se mêlent à l’atmosphère formant ainsi un gros nuage gris. Les immeubles recouverts de bâches bleues dans l’unique but de se protéger sont parsemés de poussières, les véhicules stationnés sont recouverts de poudre grise. On y trouve même de petits dessins rigolos faits à base de poussière. Impossible de marcher dans la zone sans s’attraper le nez ou porter un cache nez. « On a l’impression de vivre dans un brouillard permanent de poussière grise », avance Mme Zadi mère de trois enfants. « Mes enfants font souvent des crises d’asthme, on ne peut même plus ouvrir les fenêtres, ni sécher le linge dehors », ajoute-t-elle. Agé de 75 ans, Issouf Diop, agent de sécurité du quartier déplore l’implantation de ces industries sur son lieu de travail : « ça fait maintenant six (6) ans que ces usines sont installées ici et le quartier est en train de se vider. Un jeune couple a perdu son enfant de six (6) mois à cause de l’environnement toxique. Suite à cette nouvelle, les immeubles se sont vidés progressivement. A cette allure il n’y aura plus personne ici et je risque de perdre mon travail ».
La pollution de l’air causée par les industries de ciment a un impact direct sur la santé des populations riveraines, en particulier, en ce qui concerne les maladies respiratoires. Docteur Amadou, médecin locale affirme que de nombreux patients viennent se faire consulter pour des problèmes respiratoires et des allergies liées à la pollution industrielle. « Nous constatons une augmentation significative des cas d’asthme, de bronchites et d’autres affection respiratoire de cette zone. Il y a clairement un lien avec les émissions des usines», déclare-t-il.
En plus de l’impact sur la santé, la pollution industrielle a également des répercussions sur l’environnement. Les arbres et les plantes autrefois verdoyants sont maintenant recouverts d’une fine couche de poussière grise dégradant ainsi la faune et la flore, et les cours d’eau sont contaminés par les produits chimiques toxiques rejetés par les usines contaminant ainsi les sources d’eau potable et l’écosystème aquatique.
Jean Martin, expert en environnement, explique les principaux problèmes liés à la pollution des cimenteries : « les émissions de dioxyde de carbone (CO2), provenant de la combustion des combustibles fossiles dans les fours à ciment contribuent de manière significative au changement climatique ».Dès le début des activités des usines, des voies se sont levées pour dénoncer la pollution que subissent les habitants. Ousmane Cissé, membre actif de l’association “Environnement Sain Pour Tous’’, lutte pour la préservation de l’environnement et la santé des habitants. « Nous avons recueilli des échantillons d’air et d’eau dans le quartier, et les résultats sont alarmants. Il est impératif que les cimenteries adoptent des technologies plus propres et réduisent leurs émissions polluantes », affirme-t-il. Le manque de réglementation environnementale et de surveillance est souvent négligé. Les cimenteries semblent opérer avec une impunité relative, sans être tenues pour responsable de l’impact néfaste de leurs activités sur la population. Les résidents demandent aux autorités de renforcer les mesures de contrôle et de surveillance afin de protéger leur santé, leur qualité de vie et leur environnement. Le président du collectif des riverains Adama Koné s’engage à interpeller les autorités. Il soutient que : « la santé des habitants est en jeu, ces industries doivent impérativement revoir leurs processus de fabrication pour moins polluer ». « Nous n’hésiterons pas à engager des poursuites si rien ne change », ajoute-t-il.Sollicité, la direction de Cim Ivoire reconnaît « quelques dépassement des seuils réglementaires», mais affirment mettre en œuvre « un plan d’action ambitieux », pour réduire son impact.La pollution causée par les industries de ciment dans le quartier France Amérique de Treichville a créé une crise sanitaire et environnementale sans précédent. Les résidents qui subissent les conséquences néfastes de cette pollution luttent pour préserver leur hygiène de vie.

