L’économie mondiale devrait connaître sa troisième année consécutive de ralentissement en 2024, avec un taux de croissance projeté à 2,4 %. La faute aux conflits multiples (conflits israélo-palestiniens, crises en Syrie et en Ukraine), qui mettent le commerce mondial en berne et affaiblissent l’investissement, les politiques monétaires qui invitent à la prudence, et les conditions de crédit restrictives, un commerce mondial en berne et une faible dynamique d’investissement.
Mais pour ce qui concerne l’Afrique, contrairement à ce qu’on aurait craint, les perspectives économiques du continent s’annoncent favorables. Le prolongement de la crise en Ukraine et les effets prolongés de la Covid-19 n’ont pas eu l’effet catastrophique que l’opinion publique redoutait. La croissance économique du continent devrait atteindre 03,5 % en moyenne. Et selon un rapport macroéconomique de la Banque Africaine de Développement, l’Afrique domine le classement des vingt pays à la croissance économique la plus forte au monde en 2024.
Le rapport ‘’Performances et perspectives macroéconomiques de l’Afrique’’ de la BAD prévoit une croissance plus forte pour l’Afrique en 2024, supérieure à la moyenne mondiale. Le continent africain sera, ainsi, la deuxième région à la croissance la plus rapide après l’Asie. Le même rapport souligne la résilience continue des économies africaines.
Concrètement, les onze premiers pays africains, qui devraient connaître de solides performances économiques en 2024, sont le Niger (11,2%), le Sénégal (08,2%), la Libye (07,9%), le Rwanda (07,2%), la Côte d’Ivoire (06,8%), l’Éthiopie (06,7%), le Bénin (06,4%), Djibouti (06,2%), la Tanzanie (06,1%), le Togo (06%), et l’Ouganda (06%).Selon le FMI, la croissance en Afrique devrait être de 03,1 % en 2024 et de 03,2% en 2025.
Quand l’OCDE la situerait à 03%. Pour la Banque mondiale, il faut s’attendre à une croissance de 2,4%. Par région, selon les Perspectives économiques du FMI, la croissance en Afrique du Nord devrait remonter 03,5% en 2024 et se maintenir à ce niveau en 2025. Pour ce qui est de l’Afrique subsaharienne, la croissance devrait grimper à 03,8% en 2024, puis à 04,1% en 2025. Quant à la BAD, les données prévoient que l’Afrique de l’Est continuera de porter l’élan de croissance du continent, avec une croissance prévue de son PIB de 05,1% en 2024 et de 05,7% en 2025, soutenue par de solides investissements stratégiques visant à améliorer la connectivité interne et à approfondir le commerce intrarégional.
En ce qui concerne l’Afrique du Nord, la croissance de la région sera maintenue à 03,9% en 2024, avec une légère amélioration à 04,1% en 2025, du fait de conditions météorologiques défavorables et de défis macroéconomiques qui se succèdent.En Afrique centrale, la croissance devrait ralentir à 03,5% en 2024, et à 04,1% en 2025. Cette performance est due à la reprise prévue de la consommation privée et l’augmentation des investissements miniers et des exportations.
En Afrique australe, la croissance restera faible, en progression de 02,2% en 2024, et 02,6% en 2025. Cela reflète la faiblesse économique persistante de l’Afrique du Sud, la plus grande économie de la région.En Afrique de l’Ouest, la croissance devrait accélérer pour atteindre 04% en 2024, et 04,4% en 2025. La forte croissance enregistrée dans la plupart des pays de la région (la Côte d’Ivoire, le Benin, paar exemple) devrait compenser les ralentissements observés au Nigéria et au Ghana. Le retrait annoncé du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO pourrait compromettre la durabilité de la croissance économique.En ce qui concerne l’inflation, le FMI la projette, globalement, à 05,8% en 2024 et à 04,4% en 2025. Pour l’OCDE, elle va se situer à 03% en 2025.
Economies résilientes
Cet atterrissage en douceur est le fruit de politiques économiques qui ont conduit à une résilience plus forte que prévue dans plusieurs grands pays émergents et des pays en voie de développement.
L’amélioration des chiffres de la croissance pour 2024 est le reflet des efforts concertés des décideurs politiques du continent pour mener des stratégies de diversification économique axées sur l’augmentation des investissements dans les secteurs clés de la croissance, ainsi que sur la mise en œuvre de politiques nationales visant à consolider les situations budgétaires, à inverser l’augmentation du coût de la vie et à stimuler la consommation privée.
On a constaté, par exemple, dans plusieurs pays une amélioration de la gestion des risques et une élaboration des stratégies de résilience grâce à des plans de développement nationaux bien conçus. Sans forcément vouloir atteindre les Objectifs de Développement Durable, les PND ont été bâtis sur des performances internes à même d’insuffler une dynamique de croissance. En Côte d’Ivoire, par exemple, l’accent a été mis sur le social (avec le PS-Gouv, le programme social du gouvernement) et sur les infrastructures routières. En Afrique du Nord (Maroc et Algérie notamment), l’accent a été mis sur l’industrialisation. Au Benin, le gouvernement se penche sur la transformation des matières premières.
Avec la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), la collaboration et l’intégration entre les pays africains seront renforcées ; et cela permettra la mutualisation et la gestion des risques.L’économie africaine a résisté également grâce au développement des stratégies visant à mobiliser davantage de ressources pour financer le développement durable. Dans un certain nombre de pays, on enregistre un renforcement du système fiscal, une lutte féroce contre les flux financiers illicites, des initiatives visant à améliorer la gestion de la dette, la diversification des instruments financiers pour financer les investissements à long terme. Cependant, il ne faut pas se nourrir d’un optimisme béat.
Il faut de la prudence compte tenu des défis posés par les risques mondiaux et régionaux, à savoir la montée des tensions géopolitiques, l’augmentation des conflits régionaux et l’instabilité politique, qui pourraient perturber les flux de commerce et d’investissement et maintenir les pressions inflationnistes.
L’Afrique souffre d’un niveau élevé d’endettement. C’est l’un des principaux défis auxquels les économistes du continent devront relever à l’avenir, selon le rapport de la Banque Africaine de Développement sur les perspectives économiques du continent. La Côte d’Ivoire, pays qui compte en Afrique de l’Ouest, est à un taux d’endettement de 53,2% du PIB.
La Zambie est à 70% du PIB. La santé financière du Ghana est alarmante. Et le Nigeria, le mastodonte de l’Afrique de l’Ouest, est étranglé par la dette du fait de sa monnaie locale (le Naira) qui se déprécie considérablement face au Dollar. Toujours selon la BAD, 18 autres pays d’Afrique ont enregistré un ratio dette/PIB supérieur à 70% en 2023, et nombre d’entre eux sont en situation de surendettement.
Le continent devra aussi faire face aux effets du changement climatique. Ce catalyseur imprévisible a un impact significatif sur les économies qui dépendent de l’agriculture. C’est l’exemple de la Côte d’Ivoire dont la production cacaoyère est prévue chuter lors de la campagne à venir du fait d’une mauvaise pluviométrie. La Corne de l’Afrique subit également une sécheresse qui menace sa sécurité alimentaire, en plus du conflit armé qui ne permet pas une bonne agriculture.En somme, si le continent africain a réussi à résister à tout ce qui pouvait plomber son économie, il y a lieu d’être prudent sur sa politique d’endettement.Lagistane LIA

