C’est une décision mémorielle qui ne fait pas l’unanimité. Le gouvernement français ne reconnait que six tirailleurs africains ‘’morts pour la France’’, exécutés en 1944 sur ordre d’Officiers de l’armée française, au camp de Thiaroye, près de Dakar, au Sénégal.Cette annonce a été faite le dimanche 28 juillet 2024, dans le cadre des commémorations de la Libération.
Mais la décision avait été prise le 18 juin, par l’Office national français des Combattants et des Victimes de guerre, dans la mouvance de la célébration des 80 ans du Débarquement de Provence. «Ce geste s’inscrit dans le cadre des commémorations des 80 ans de la Libération de la France comme dans la perspective du 80ᵉ anniversaire des évènements de Thiaroye. C’est une nouvelle étape.
C’était essentiel, il est désormais temps de regarder notre histoire comme elle fut», indique le Secrétariat d’État français chargé des Anciens combattants. «Je ne voyais pas l’État ne pas se saisir de cette commémoration. Ces combattants, avant d’être massacrés à Thiaroye, ont combattu aux côtés des soldats français pendant la Seconde Guerre mondiale (…)
C’était une reconnaissance qui leur était due», renchérit Aïssata Seck, Présidente de l’Association pour la mémoire de l’histoire des tirailleurs sénégalais. Pour l’historien sénégalais, Samba Diop, «c’est une décision salutaire, d’abord pour la mémoire de ces six tirailleurs identifiés, mais aussi pour les familles de ces six tirailleurs reconnus». Et d’ajouter : «Cela va permettre à ces familles de pouvoir finalement faire leur deuil après 79 ans et mettre quelque chose sur leurs épitaphes encore vierges».
Très courroucé par cette décision, Ousmane Sonko a ôté sa veste de Premier ministre pour porter les habits de Chef du Pasef, son parti politique. Sur sa page Facebook, il a fait un post pour protester contre la décision de la France qu’il juge unilatérale et insultante. ‘’Nous demandons au gouvernement de revoir ses méthodes, car les temps ont changé. Je tiens à rappeler à la France qu’elle ne pourra plus ni faire ni conter seule ce bout d’histoire tragique. Ce n’est pas à elle de fixer unilatéralement le nombre d’Africains trahis et assassinés après avoir contribué à la sauver, ni le type et la portée de la reconnaissance et des réparations qu’ils méritent’’, publie-t-il. Et de s’interroger : ‘’Pourquoi cette subite prise de conscience alors que le Sénégal s’apprête à donner un nouveau sens à ce douloureux souvenir, avec la célébration du 80e anniversaire cette année ? Thiaroye 44, comme tout le reste, sera remémoré autrement désormais’’.
Cette décision du gouvernement français ne concerne que six Africains sur, officiellement, 35 tirailleurs exécutés le matin du 1ᵉʳ décembre 1944 dans le camp de Thiaroye alors qu’ils réclamaient leurs arriérés de soldes. Pour les historiens, ce chiffre est trop bas. Les six Africains identifiés par la France sont Quatre Sénégalais, un Ivoirien et un soldat de la Haute-Volta, devenue le Burkina Faso.

