Les États-Unis de Donald Trump exigent des pays européens membres de l’Alliance qu’ils financent désormais leur sécurité. La marche à gravir s’apparente à un mur budgétaire : 5% du produit intérieur brut (PIB), soit des montants proches de ceux de la guerre froide. Pour l’Europe, dont les dépenses depuis trente ans n’excédaient pas 2% du PIB, c’est un choc.
« C’est un changement de trajectoire de fond par rapport aux 30 années où l’on a cru que l’on vivait dans un monde que l’on peut réguler par la loi, l’ordre et la discussion. On se retrouve face la violence, et aujourd’hui, il faut la traiter, observe l’amiral Pierre Vandier au micro de Franck Alexandre. Aujourd’hui, on se retrouve avec l’Otan la plus large de son histoire et avec un outil militaire qui n’est pas à la hauteur des enjeux. D’où un moment historique de réarmement, de reprise de conscience des 32 du fait que la défense soit une priorité », poursuit-il.
Pour le commandant suprême allié pour la transformation de l’Otan, « les États-Unis ont leurs propres problèmes, notamment avec la compétition dans le Pacifique, ce qui les conduit à demander aux Européens de tenir la « maison Europe » à hauteur de ce qu’ils sont. C’est leur immeuble, c’est là où ils habitent, et il faut qu’ils le défendent et ne sous-traitent pas à une puissance étrangère. […] Il est bon pour les Européens de se prendre en main. C’est l’âge adulte », insiste l’amiral.
L’Otan ne veut pas que les États-Unis abandonnent l’Ukraine
L’augmentation du budget consacré à la défense n’est pas le seul sujet irritant. Les États-Unis d’Amérique, jusque-là dans leur rôle de protecteurs, menacent de s’en prendre à leurs alliés, et de nouveaux griefs s’accumulent : les vues de Donald Trump sur le Groenland (territoire constitutif du Danemark), les ingérences dans les élections et le caractère transactionnel donné à l’article 5, ce pilier de l’Otan qui implique qu’une attaque armée contre un pays membre entraînera une réaction de défense de chaque membre de l’Alliance.
Le président américain a notamment laissé planer le doute à vis-à-vis de cet article. Interrogé à bord de l’avion présidentiel Air Force One sur sa détermination à l’appliquer, Donald Trump est resté évasif : « cela dépend de votre définition. Il y a plusieurs façons de définir l’article 5 », a-t-il répondu, à quelques heures de son arrivée à La Haye pour un sommet de l’Alliance atlantique.
Dans le camp européen, on ne sait plus vraiment sur quel pied danser tant les remises en cause et les interrogations sont nombreuses. Première urgence : éviter que Washington ne lâche l’Ukraine. Si les Américains réduisent la voilure, les Européens veulent s’assurer qu’ils laisseront néanmoins des capacités militaires critiques comme le renseignement, les ravitailleurs en vol et la logistique.
Ce sera un sujet brûlant de ce sommet de l’Otan, « alliance en crise », dit un diplomate qui s’interroge sur le fait de savoir si cette crise est terminale ou salutaire.
Sommet de l’Otan: les enjeux du réarmement allemand
Grâce à une exception budgétaire, les moyens de l’armée allemande dont Friedrich Merz veut faire la première d’Europe sont désormais illimités. Berlin veut, avant la fin de la décennie, appliquer les nouvelles exigences de l’Otan.
Quelques milliards de plus pour l’armée allemande ont eu raison, à l’automne 2024, de la coalition menée par l’ex-chancelier Olaf Scholz. Aujourd’hui, tout a changé, explique notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut. D’ici à 2029, le budget de la Bundeswehr doit augmenter de 50% pour atteindre plus de 150 milliards d’euros. Le quoi qu’il en coûte est désormais de mise. Depuis une réforme de la Constitution au printemps, Berlin peut s’endetter sans limites pour financer ses forces armées.
Malgré des efforts supplémentaires depuis le début de la guerre en Ukraine, la Bundeswehr reste encore sous-équipée. Et les nouvelles exigences de l’Otan, comme les craintes d’une attaque russe, obligent à faire plus.
L’Allemagne qui avait péniblement atteint les 2% du produit intérieur brut pour son armée l’an dernier comme l’Otan l’exigeait jusqu’à présent va mettre le turbo dès cette année pour atteindre en 2029 les 3,5% requis par l’organisation transatlantique pour les pures dépenses militaires. Une évolution qui a le soutien d’une large partie de la population.
Mais l’argent ne résoudra pas tous les problèmes, notamment le manque de recrues. Un nouveau service volontaire est envisagé pour pallier ces manques d’effectifs, mais d’aucuns plaident pour une solution plus contraignante.
Source : RFI

