Ancien Président du Conseil Constitutionnel, ancien ministre, le célèbre avocat français Roland Dumas a tiré sa révérence, le mercredi 03 juin, à l’âge de 101 ans.Pendant 60 ans, il aura marqué la politique française.La carrière politique de Roland Dumas commence en 1948, quand il rencontre François Mitterrand, alors député de la Nièvre et leader de l’Union démocratique et socialiste de la résistance (UDSR). Il adhère à ce petit parti et noue une profonde complicité avec Mitterrand.
Il se fait remarquer, en tant qu’avocat quand il défend avec brio son mentor englué dans une sombre affaire – l’affaire de l’Observatoire. Dès lors les causes célèbres s’enchaînent pour lui : il défend l’affaire des «porteurs de valises» du FLN algérien, l’affaire Ben Barka, l’affaire Markovic, l’affaire de Broglie dans laquelle il défend Guy Simoné, l’un des assassins du ministre de Valéry Giscard d’Estaing, celle des micros du Canard enchaîné dont il sera l’avocat officiel pendant douze années et officieux le reste du temps, et qu’il conseillera dans l’affaire des diamants de Bokassa…
Il sera l’avocat de Giacometti, de Chagall, du chanteur d’opéra Placido Domingo, de vedettes du spectacle comme Roger Vadim, Bernadette Lafont ou l’actrice britannique, Dawn Adams.En 1956, il est élu député UDSR de Haute-Vienne mais perd son siège deux ans plus tard, victime de la vague gaulliste. Ayant suivi François Mitterrand à la Convention des institutions républicaines, il est élu en 1967 député de Corrèze avec l’investiture de la Fédération de la Gauche socialiste et républicaine (FGDS), dans la circonscription du gaulliste Jean Charbonnel. Aux élections municipales de Mars 1977, il affronte, en vain, Jacques Chaban-Delmas dans son fief de Bordeaux.
Il lui faudra attendre la «vague rose» de 1981 pour se faire élire député socialiste de Dordogne – la moindre des récompenses pour l’ami fidèle qui venait de remonter au bras de François Mitterrand, enfin porté à la Présidence de la République, la rue Soufflot avant l’apothéose du Panthéon.En Décembre 1983, Roland Dumas est nommé ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Mauroy remanié. En Juin suivant, il devient Porte-parole du gouvernement en remplacement de Max Gallo, élu au Parlement européen. Consécration, enfin !
En Décembre 1984, il est nommé ministre des Relations extérieures. Il conservera ce poste jusqu’à la fin de l’ère mitterrandienne. Installé au Quai d’Orsay, il n’y cache guère sa sympathie pour les Arabes et la cause palestinienne (il a été notamment l’avocat d’Abou Daoud, accusé d’avoir organisé le massacre des athlètes israéliens aux Jeux Olympiques de Munich en 1972). Il a d’ailleurs pour maîtresse une jeune femme belle et brillante, Nahed, veuve du milliardaire saoudien Akhram Ojjeh et fille du chef des services secrets syriens, Mustapha Tlass. Cela vaudra au ministre des Relations extérieures – qui sera sommé, un jour, de choisir entre son portefeuille et sa conquête – le surnom de «lion de la Tlass» attribué par des humoristes.C’est l’affaire ELF qui va le couler et mettre fin à sa carrière politique. Même s’il déclarait que «c’est de la manipulation».


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