Petit pays en superficie à l’Ouest de l’Afrique (114.760 km2), le Benin fait son petit bonhomme de chemin en Economie.
En effet, l’économie béninoise poursuit sa résilience face aux effets du Covid-19, de la crise en Ukraine, et du terrorisme au Sahel qui a atteint le Nord du pays. Malgré ces chocs sociopolitiques, les données 2023 de l’African Economic Oiutlook (AEO) indiquent que les perspectives économiques du Benin sont favorables.
La croissance du PIB réel qui était de 06% en 2022, contre 07,2% en 2021, est estimée à 06,2% en 2023, puis 06,3% en 2024, grâce au dynamisme des secteurs primaire, secondaire et tertiaire. Dans un rapport publié en Mars 2023, l’agence de notation internationale Fitch indiquait que cette croissance devrait être impulsée par la poursuite des investissements dans le secteur agricole et dans le cadre du programme d’action du gouvernement, notamment dans le développement de la zone industrielle de Glo-Djigbé, une zone économique située à 45 kilomètres de Cotonou, la capitale économique. Car le petit État d’Afrique de l’Ouest a beau être le premier producteur de coton d’Afrique (550 000 tonnes en 2023/24), il exporte quasiment la totalité de cette matière première, notamment vers le Bangladesh. Les Autorités du pays ambitionnent de transformer localement le coton pour devenir un acteur à part entière du secteur de la confection au niveau mondial. D’autres secteurs sont concernés par ce mégaprojet, notamment l’agriculture, avec la transformation locale de l’acajou, l’assemblage de motos ou la production de jus de fruits. Dans ce contexte, le pays voit affluer sur son sol des investisseurs étrangers, notamment asiatiques. A la clé, de nombreux avantages dont des exonérations d’impôt, de droit de douane, de taxe, etc.
En contrepartie, ces investisseurs devront davantage œuvrer dans le social.Toujours d’après ce Rapport, l’inflation devrait légèrement remonter à 01,4% en 2024, contre 01,9% en 2023 ; pendant que le déficit budgétaire devrait baisser à 03,2% du PIB en 2024, contre 04,5% en 2023. Ce, en partie grâce au plan d’ajustement économique implémenté par le FMI qui a induit une hausse des revenus. Un pays à revenu intermédiaireLe Benin se classe, depuis 2019, parmi les pays à revenu intermédiaire avec un PIB/habitant évalué à 1 400 dollars (soit 700 000 FCFA). L’économie, peu diversifiée, est tournée vers l’agriculture et les industries de transformation agricole (largement centrées sur le coton et l’anacarde), ainsi que vers le commerce. Selon les données récentes du ministère de l’Economie et des Finances, le secteur primaire représente 30% du PIB, le secteur secondaire 17% (dont 06% pour les industries agroalimentaires et 05,7% pour le BTP) et le secteur tertiaire 53% du PIB (dont 11,8% pour le commerce et 07,3% pour le transport). Cette embellie va se poursuivre, en 2024, grâce à la forte hausse du trafic portuaire générée par l’ouverture des frontières avec le Nigéria ainsi que de la disponibilité de ressources à travers les émissions obligataires internationales et les allocations de Droits de Tirage Spéciaux (DTS) du FMI. Pour rappel, l’Etat béninois avait mis en place, en 2022, des mesures de subvention et de gestion des prix, qui, couplées à d’autres facteurs, lui ont permis d’avoir une inflation moyenne annuelle à seulement 01,3%, loin de la moyenne de l’UEMOA qui était de 07,3%.
La politique budgétaire devrait bénéficier des effets positifs du programme en cours du FMI portant sur un financement de 638 millions de dollars. Le déficit budgétaire devrait baisser légèrement à 04,5% du PIB en 2023, puis à 04,1 % en 2024. Avec le repli des prix des produits alimentaires, un fléchissement du déficit du compte courant à 04% du PIB est attendu en 2023, puis à 03,8% en 2024. L’économie béninoise est avant tout tirée par le secteur tertiaire. La Note d’information du Bénin-Octobre 2023 avance qu’avec une contribution moyenne de 47,87% à la formation du PIB sur la période 2021-2026, le secteur tertiaire va devancer les secteurs primaire et secondaire avec des contributions, respectives, de 16,72% et 9,67%. En ce qui concerne le secteur des services, malgré un léger repli de sa contribution en 2021, ce secteur va connaitre une hausse de sa valeur ajoutée de 07,2% en 2025 contre 06,5 % en 2024. Cette progression est imputable, en plus de l’accroissement du trafic portuaire en 2024, à la bonne tenue des branches commerce et transport, de l’hôtellerie, de la restauration et les télécommunications. Quant au secteur primaire, il va afficher une progression de sa valeur ajoutée de 05,2% en 2024 contre 01,8% en 2023.
La dynamique de ce secteur sera imputable à la performance notable enregistrée par la production cotonnière et les activités d’égrenage qui ont permis au Bénin d’atteindre un record de production et de consolider sa place de premier producteur de coton en Afrique (voir encadré). A ce produit, le même Rapport ajoute l’accroissement de la production vivrière et les cultures industrielles et d’exportations telles que l’ananas et l’anacarde.
Au chapitre des exportations, il faut indiquer que celles-ci se situent à 820 milliards d’Euros, en 2023 (contre 740,5 milliards d’Euros en 2020) sont concentrées sur trois produits, à savoir le coton et ses sous-produits (56% des exportations du pays), la noix de cajou (6,7%) et le karité (5,5%).Le secteur secondaire, troisième contribution au PIB du Bénin, va connaitre une légère augmentation de sa contribution sur la période 2023-2026 passant de 15,4% à 17,2%. Selon les prévisions de l’Institut National de la Statistique et de la Démographie (INSTAD), cette part devrait poursuivre sa progression avec des valeurs attendues de 16,7% et 16,9%, respectivement, en 2023 et 2024, lorsque sera achevé le projet de construction du pipeline entre Niger et le Bénin.En perspectives, l’option stratégique retenue par les Autorités béninoises pour les années à venir en lien avec les prochains Programmes Nationaux de Développement (PND), est de faire de l’agro-industrie, du tourisme et des services, le moteur de la croissance économique inclusive et durable dans le cadre d’une gouvernance nationale et locale plus efficace tout en misant sur le développement du capital humain et des infrastructures.
Cela devrait permettre au Bénin d’atteindre des résultats satisfaisants à la fin de la mise en œuvre du PND 2022-2025. Toujours selon l’INSTAD, ces résultats se déclinent comme suit :
– Un taux de croissance économique de 10,2 % en 2025, contre 5,7 % en 2017 ;
– Un taux d’investissement qui passerait de 26,4 % en 2018 à 33,2 % pour la période 2022-2025 ;
– Un taux d’emploi précaire qui serait inférieur à 60 % en 2025, contre 83,7% en 2015 ; – Une réduction de l’incidence de la pauvreté à hauteur de 23,2 % en 2025 contre 40,1 % en 2015.
Lagistane LIA
Encadré
L’Or blanc qui fait sourireLe coton est au Benin, ce que le cacao, ou le phosphate, ou l’uranium, sont, respectivement, à la Côte d’Ivoire, au Maroc, au Niger. C’est la matière première autour de laquelle se construisent les économies des pays producteurs.
Au Bénin, la filière coton représente 45% des recettes fiscales du pays, 13% de la richesse nationale, 60% du parc industriel du pays, génère plus de 40% des emplois en milieu rural, et fait vivre 50% de la population. Des réformes structurelles entreprises dans la filière permettent aujourd’hui au Benin de se classer premier producteur de coton en Afrique, alors qu’il occupait la quatrième place en 2016 ; réussissant l’exploit de détrôner le Mali.
Le défi majeur reste la transformation de la fibre du coton à l’échelle industrielle, en vue d’obtenir plus de valeur ajoutée pour la consommation locale, mais aussi pour maintenir le bon niveau d’exportation. Il y a eu des tentatives locales, à l’exemple de celle de Parakou (Nord du Benin) où la construction d’un complexe textile permettait d’avoir des tissus kaki et quelques modèles de vêtement typiquement béninois.
La Société pour le développement du coton (Sodeco) qui l’a remplacé, peine elle-aussi, à résister. La faute à l’absence d’un secteur agro-industriel fort dans l’UEMOA pour exploiter les chaines de valeur de cette filière. Car pour bâtir un secteur cotonnier productif, compétitif et résilient, il importe d’y ajouter de la valeur sur place. Les Autorités ont pris les choses en main en instituant le projet de la Glo-Djigbé Industrial Zone, bâti sur des conditions d’exonération fiscale attractives parallèlement à la garantie de conditions énergétiques correctes aux potentiels investisseurs. Un partenariat public-privé a été conclu entre le Bénin et une société poivrée indienne dénommée ARISE Integrated Industrial Platforms (ARISE IIP), pour un programme pilote de traçabilité de la chaîne de production des vêtements et des filatures des unités de production textile.
Grâce à ce partenariat le Bénin sera positionné à l’avant-garde des innovations et technologies textiles, dans l’amélioration de la visibilité, de la résilience, de la compétitivité et de la création d’une chaîne de valeur florissante pour l’agriculture. A fin 2023, le pays a réussi à disposer d’usines de filature et de teinture, avec une capacité de traitement de 98 000 tonnes de coton fibre par an.

