Comment diriger un gouvernement d’union nationale regroupant dix partis politiques quand on a été habitué pendant très longtemps à diriger un gouvernement monocolore. C’est le défi que devra relever l’ANC, à travers le Président sud-africain Cyril Ramaphosa, au cours de ce dernier mandat de cinq ans. On se rappelle que l’ANC n’avait pas obtenu la majorité absolue à la Présidentielle du 29 mai 2024.
Ce qui lui a valu de s’associer à d’autres formations politiques afin de conserver la Présidence de la République. Un fait qui n’était pas arrivé depuis la fin du système raciste de l’apartheid, en 1994.
C’est ce que le chef d’Etat sud-africain a commencé à faire à l’occasion de la rentrée parlementaire qui s’est tenue, le jeudi 18 juillet dernier, à l’Hôtel de Ville du Cap – un lieu de remplacement après l’incendie qui a ravagé le bâtiment du Parlement il y a deux ans. Dans un discours que toute l’opinion sud-africaine attendait, il a appelé à l’unité au-delà des clivages politiques. «La coopération entre les partis est un moment historique pour notre pays.
Nous partageons l’engagement de réconcilier notre nation», a-t-il déclaré. Invitant par la suite, le gouvernement à s’attaquer aux trois principaux problèmes de l’Afrique du Sud : le chômage endémique (32%), une pauvreté en croissance, les inégalités écrasantes (en termes de répartition des richesses), la corruption galopante, le laxisme dans l’Administration dont, selon lui, l’ANC est en grande partie responsable. «Malgré les réalisations de 30 années de démocratie, des millions de Sud-africains restent pauvres, sans emploi et vivent dans une société très inégale.
Les circonstances de l’Afrique du Sud aujourd’hui exigent que nous agissions ensemble», a insisté Cyril Ramaphosa.Des analystes politiques soutiennent que le discours du Président sud-africain est passé comme lettre à la poste parce qu’il n’a pas évoqué les sujets sur lesquels l’ANC et certains grands partis de l’Opposition (y compris le nouvel allié, l’Alliance Démocratique) ne s’entendent pas. «Nous sommes unis autour de nombreux sujets et il y a des sujets sur lesquels nous devons encore chercher à s’entendre. Et nous travaillerons dur pour s’assurer que nous trouvons un accord», a-t-il indiqué. Notamment la crise en Ukraine, la guerre à Gaza. Mais aussi en interne comme la mise en application de la Couverture Santé Universelle qui avait été dénoncée par l’Alliance Démocratique.Les seuls propos discordants viennent de Julius Malema, le chef du parti d’Opposition des EFF, qui ne donne pas chère la peau de ce gouvernement de coalition.
«Les plus heureux, ce sont les Blancs dans ce Parlement, ce sont les membres de l’Alliance démocratique, car ce sont les grands gagnants de ce gouvernement d’union nationale de vendus», a-t-il dénoncé.Quant au parti MK nouvellement fondé et dirigé par Jacob Zuma, (ancien Président sud-africain et dirigeant de l’ANC), ses députés se sont montrés discrets. Ils attendent certainement une occasion propice pour ouvrir les hostilités.

