Récompenser les faiseurs de rois. Comme annoncée, le 13 juin 2024, dans la foulée du revers cinglant de l’ANC aux Législatives du 29 mai, l’Opposition, qui a permis la réélection du Président Cyril Ramaphosa, fait son entrée au gouvernement.
A l’issue de discussions où chaque camp (Pouvoir et Opposition) protégeait ses intérêts, ‘’les faiseurs de rois’’ ont obtenu un total de douze ministères. Un fait inédit depuis 1994 quand, au nom de la Réconciliation nationale, l’ANC avait formé un gouvernement arc-en-ciel qui intégrait les partis pro-apartheid.
Trente ans plus tard, dans un autre contexte, Cyril Ramaphosa (quatrième dirigeant de l‘ANC au pouvoir) est contraint de diriger un gouvernement de coalition. L’ANC s’en sort avec vingt postes ministériels dont cinq de souveraineté : Finances, Énergie, Affaires étrangères, Police et Justice. Le premier parti de l’Opposition, l’Alliance Démocratique, obtient six portefeuilles dont l’Environnement, les Travaux publics ou encore l’Éducation. Son leader, John Steenhuisen, tient le ministère de l’Agriculture, un ministère de souveraineté.
Autant parier que tout débat sur une éventuelle réforme agraire sera rude.A noter que cinq petits partis entrent aussi au gouvernement, dont le parti nationaliste zoulou Inkhata, le parti identitaire blanc FF Plus et l’Alliance Patriotique anti-immigrés.
«La mise en place d’un gouvernement d’union nationale sous sa forme actuelle est sans précédent dans l’histoire de notre démocratie. Ce gouvernement a été composé pour que tous les partis soient en mesure de participer de manière significative à l’Exécutif. Sa priorité sera d’assurer une croissance économique rapide au pays et la création d’une société plus juste en s’attaquant à la pauvreté, aux inégalités et au chômage», a déclaré Cyril Ramaphosa à la télévision.
Pour rappel, à 71 ans, le chef de l’État sud-africain a été investi le 19 juin pour un second mandat de cinq ans. Aux dernières Législatives, son parti, l’ANC, a recueilli 40% des voix. Il ne conserve que 159 sièges de députés sur 400. L’Opposition en chef, l’Alliance Démocratique, remporte 87 sièges. Troisième force politique du pays, Umkhonto we Sizwe de l’ex-Président Jacob Zuma, créé quelques mois avant le scrutin, gagne 58 sièges, mais a refusé de faire partie de la coalition parce que menée par l’ANC. Les Combattants pour la Liberté Economique de Julius Malema a 39 députés.

