« C’était le premier déploiement aussi lointain du Charles de Gaulle et de son groupe aéronaval, explique le capitaine Sébastien Perruchio, porte-parole de la Marine, au micro de notre journaliste Franck Alexandre. C’était la première fois que le groupe aéronaval franchissait les détroits indonésiens avec un gros focus autour de l’Indonésie, avant de poursuivre vers le Pacifique Nord. »
Déploiement dans le Pacifique
Lors de ce déploiement, le groupe aéronaval a fait escale en février sur l’île indonésienne de Lombok. Une étape clé « pour connaître la zone » et « ouvrir ce point d’appui fondamental avec notre partenaire indonésien », souligne Sébastien Perruchio. « C’était la première escale d’un porte-avions à Lombok, qui s’inscrivait dans le cadre de l’exercice Lapérouse. Un exercice conduit avec les Indonésiens sur le thème de la sécurisation des détroits indonésiens. »
Deux bâtiments d’escorte sont allés un peu plus loin, ont fait escale à Okinawa, au Japon, pour un exercice conjoint. « Là encore, une première pour ces escorteurs du groupe aéronaval et le bâtiment ravitailleur de force Jacques Chevallier, dont c’était la première grande mission. Ce déploiement a été l’occasion pour ces deux escorteurs d’aller jusqu’au Japon. Des avions dans le même temps allaient jusqu’en Australie. Nous avons aussi ouvert l’escale de Subic Bay, dans les Philippines. »
« Cela a vraiment été une occasion unique de se déployer dans le Pacifique au sens large, résume le porte-parole de la Marine. Un engagement significatif avec un partenaire de la zone, avec vraiment cet objectif d’affirmer, en tant que nations du Pacifique, un espace Indo-Pacifique, libre, ouvert et stable dans une logique de partenariat et pas de confrontation. » Cet exercice militaire conjoint est un privilège précieux et stratégique dans cette zone extrêmement contestée et vitale au commerce international.
Diplomatie de défense active
Car dans cette région du monde où se concentre la compétition entre la Chine et les États-Unis, la France cherche à renforcer ses partenariats et ouvrir des portes. L’Indonésie est à ce titre essentielle, vue son importance et son influence régionale. Du côté indonésien, cette participation à la fête nationale française « est un grand honneur » et « une reconnaissance de notre présence croissante sur la scène mondiale, en particulier parmi les pays en développement », a déclaré le ministre de la Défense, Sjafrie Sjamsoeddin. Elle est vue aussi comme une illustration de la stratégie de « diplomatie de défense active » de Jakarta, selon Radio Republika Indonesia citée par Courrier International.
Le président et ancien général Prabowo Subianto s’est engagé dans un grand programme de modernisation militaire de son pays, diversifiant ses partenaires et fournisseurs. L’Indonésie a signé un contrat de 10 milliards de dollars avec la Turquie, négocie des F-15 avec les États-Unis, discute aussi avec la Chine et la Russie sur des questions d’armement. Dans ce plan de modernisation, Paris était un « partenaire-clé » avait confié le président Prabowo à son homologue français en mai. Il avait déjà orchestré l’achat de 42 avions de chasses Rafale et deux sous-marins Scorpène pour 10 milliards de dollars lorsqu’il était ministre de la Défense.
Lors de la visite d’Emmanuel Macron, Jakarta a annoncé son intention d’acquérir davantage d’avions de combat Rafale, de sous-marins Scorpène et de canons Caesar, ainsi que des frégates légères. Il ne s’agit pour le moment que d’une « lettre d’intention » mais que la France espère concrétiser à l’occasion de la venue du président indonésien à Paris, voire même doubler, selon des informations du EurAsian Times. Le ministère de la Défense indonésien et le ministère des Armées français ont convenu d’établir un partenariat stratégique et de renforcer les échanges entre leurs industries de défense.
Le « bon voisin »
Diplomatiquement aussi, les étoiles semblent alignées. Jakarta pratique une politique de non-alignement fidèle à celle dessinée il y a 70 ans par de nombreux pays du Sud à la conférence de Bandung, avec l’objectif affiché d’être le « bon voisin » de tout le monde. Et la France répète à l’envi que sa stratégie indo-pacifique suppose des partenariats mutuels et respectueux de la souveraineté des pays, loin des prédations de la Chine et des États-Unis.
Dans ce contexte, et à l’occasion des 75 ans de leurs relations diplomatiques, les deux pays « entrent dans une nouvelle phase de leur partenariat stratégique, un partenariat axé sur le renforcement de la souveraineté de nos deux nations », pointait Laurent Saint-Martin, ministre délégué chargé du Commerce extérieur et des Français de l’étranger dans une tribune du quotidien indonésien anglophone The Jakarta Post. Une phase dont cette invitation au défilé du 14-juillet est une illustration supplémentaire.
Source RFI

