Avant la proclamation de son indépendance, la RDC ne connait pas la paix. Au lendemain de son indépendance, ce pays d’Afrique centrale ne connait pas non plus la paix. Aujourd’hui, en 2024, 64 ans plus tard, la guerre est son pain quotidien… « Le Congo, terre d’avenir, est-il menacé ? » est un ouvrage posthume publié en 1961 par Patrice Lumumba, le 1er Premier ministre de la République démocratique du Congo.
Avant la proclamation de l’indépendance de son pays le 30 juin 1960, il est chargé de former un gouvernement à l’issue d’élections législatives remportées par son parti en mai 1960. Une procession de guerres depuis 1961Ainsi, Lumumba prononce un discours face au roi Baudouin de Belgique, la puissance coloniale. Dans une posture martiale, il déclare vouloir traiter « d’égal à égal avec la Belgique qui est un pays ami ».
Par la suite, il accuse Ganshof Van Der Meersch, le ministre belge ayant supervisé les élections législatives, de vouloir émasculer et cornaquer son gouvernement. Auparavant, il avait accordé une interview au magazine politique belge « Pourquoi pas ? », le 13 juin 1960, où il exprimait ses pressentiments sur un éclatement de l’unité nationale du Congo, le péril de la balkanisation et les déprédations de ses ressources naturelles. Il prévoyait des convoitises diverses et acharnées s’abattre sur le Congo.
Lumumba est assassiné le 17 janvier 1961, au Katanga, en présence de politiciens belges. Des mains obscures mais bien congolaises ont effectué le dernier geste. Elles ont été subrepticement missionnées. La presse belge, sans émotion particulière, a qualifié le Premier ministre disparu, de « prophète xénophobe ». À l’aube des indépendances africaines, toiser un État impérialiste était une audace suicidaire. Depuis l’élimination en 1961, du nationaliste précoce, la terre congolaise macérée de richesses voit ses promesses lacérées de détresses comme Lumumba le prédisait.
Une procession de guerres s’est dressée dans la vie de ses populations. En 1996, des rebelles venus du Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda, attaquent l’Est du Congo et tentent de renverser le président Mobutu Sese Seko déjà rongé par la maladie. Il sera finalement renversé en mai 1997 par Laurent Désiré Kabila, porté par une coalition de chefs rebelles rwandais, ougandais et angolais. Pour de nombreux infortunés, la cavalcade triomphante de Kabila et ses troupes à travers le pays a été sanglante jusqu’a la capitale Kinshasa. 5,4 millions de morts de 1997 à 2008
Quelques mois plus tard, Laurent Désiré Kabila, le président de fait, échappe à un coup d’État ourdi par ses soutiens étrangers qu’il a écartés de son régime. En définitive, il est soigneusement abattu le 16 janvier 2001 au cœur de son palais. Malgré des enquêtes, suivies de procès et des soupçons sur des chancelleries occidentales, le flou est resté entier sur le mobile et les instigateurs réels de son assassinat. Ses successeurs Joseph Kabila et Étienne Tchisekedi n’ont jamais eu la paix à la frontière est du pays : attaques de groupes rebelles, raids de factions armées et milices tribales. Ils écument les villages et déciment des provinces journellement. Leur folie meurtrière répand la famine, les viols, les atrocités et la mort. International rescue committee (IRC), une Organisation non gouvernementale américaine évalue le nombre de morts à 5,4 millions sur la période 1997-2008. L’Organisation des nations unies (ONU) déclarait le 30 octobre 2023 que le Congo compte 6, 9 millions de déplacés internes. Les Casques bleus de l’ONU pour la protection des civils et le maintien de la paix sont déployés en République démocratique du Congo depuis l’accord de cessez-le-feu signé à Lusaka, en Zambie en 1999. Ayant compté plus de 20.000 hommes au plus fort de ses missions, leur présence n’a jamais mis fin aux attaques rebelles et aux affrontements armés dans l’Est du pays. Des opérations spéciales ont été menées ensemble avec l’armée régulière contre des groupes armés mais les populations restent sous la menace permanente des invasions meurtrières des factions armées retranchées dans les pays frontaliers. À la tribune de l’ONU, le 20 septembre 2023, le président congolais Étienne Tchisekedi exigeait que « des sanctions soient prises contre tous les réseaux mafieux ou contre les multinationales qui exploitent illégalement les minerais » du Congo et permettent aux groupes armés de se procurer des équipements militaires « en pérennisant ainsi le conflit en RDC et dans la région des lacs ».
Des pays voisins accusés de parrainés les rébellionsIl a ensuite demandé un retrait accéléré des Casques bleus du Congo avant fin 2023 en les accusant de s’être montrés incapables « de faire face aux groupes armés ». Le gouvernement congolais lui-même a déclaré un état de siège dans les régions du Kivu et de l’Ituri, en mai 2021. Les pouvoirs des autorités civiles locales et des tribunaux ordinaires ont été transférés à l’armée et à la police. Malgré plus de 20 prorogations de la mesure, l’armée peine à contenir les assauts des centaines de groupes armés disséminés sur l’ensemble de la région.
Le président Tchisekedi accuse ouvertement certains pays voisins dont le Rwanda de parrainer des rébellions sur son territoire. Pendant ce temps, des personnalités politiques et de la société civile dénoncent des abus de pouvoirs et des restrictions des libertés par les autorités militaires installées par le gouvernement. Selon elles, certains chefs militaires, s’adonnent, elles aussi, à des activités illégales et se détournent de leur mission de sécurisation des populations meurtries. À la suite du génocide rwandais en 1994, de nombreux tutsis originaires du Congo retournent sur leurs terres ancestrales de l’Est du Congo. Les autochtones sont rapidement submergés par ce flot humain et le problème de la répartition des terres se pose.
Plusieurs réfugiés choisissent de former des factions armées ou de se lier à celles déjà existantes. La force armée devient un moyen d’accès à la propriété et à la terre. L’occasion est bonne, en ce moment, d’exploiter illégalement les potentialités économiques de la région riche en coltan, or, diamant, fer, manganèse et bois. Les conflits tribaux entre Hema et Lendu dans l’Ituri, en plus des divergences déchirant Bembe et Kalanga dans le Katanga ne sont pas pris en compte dans les négociations et les accords de paix au Congo.
Les richesses naturelles et les implications étrangères
Les différents gouvernements et institutions internationales sont préoccupés par la paix relative entre les belligérants et la classe politique. On organise des élections ignorant les conflits intercommunautaires et excluant les minorités ethniques. Au début des années 2000, l’ONU installe l’embargo sur les armes en direction de la République démocratique du Congo. L’État congolais s’est ainsi trouvé noyauté face à des groupes armés et des rébellions soutenues par des pays voisins qui, eux, ne sont pas sous embargo. Les constantes plaintes et complaintes du gouvernement de Kinshasa auprès de l’ONU permettent un assouplissement de l’interdiction en 2008. Cependant, il lui est exigé de notifier au Conseil de sécurité, tout achat d’armes. De ce fait, il est impossible pour l’armée congolaise de surprendre les hordes de bandits et leurs financiers extérieurs. Les différents mandats des Casques bleus et leur attitude permissive et perméable sur le terrain, ont fini par exaspérer les populations locales qui exigent désormais leur départ sine die du territoire. À noter qu’en 2016, 16 proches de Joseph Kabila, président congolais de l’époque, sont victimes de sanctions ciblées individuelles de la part du Conseil des ministres des affaires étrangères de l’Union européenne et du département du Trésor américain : interdiction de voyage et gel des avoirs. On leur reprochait de faire obstacle à la démocratie et de mépriser les Droits de l’Homme au Congo. Pendant que leur entourage dénonçait une mesure de représailles contre leur refus de céder à un chantage affairiste venant de lobbies européens.
Pendant ce temps, les dirigeants des pays, parrains avérés des rebelles ne sont pas menacés.
K. Bruno
Encadré
Comme le supplice de Tantale Selon la mythologie grecque, le roi Tantale, invité à la table des dieux, leur dérobe le nectar et l’ambroisie pour le servir aux mortels. Ensuite, pour les défier, il tue son propre fils pour leur servir sa chair.
En colère, le châtiment des dieux est implacable : tout objet de ses désirs, va lui échapper dès qu’il sera proche de le saisir. Il n’obtiendra jamais ce dont il rêve. Les Congolais ont éliminé Patrice Lumumba au Katanga, sous les yeux des Belges. Il est le seul chef de gouvernement de l’Afrique francophone à avoir exigé un partenariat « d’égal à égal » avec l’ancien empire colonial le jour même de l’accession du pays à l’indépendance. « Sa chair a été servie au maître » pour montrer la propension congolaise à l’errance politique et à la déshérence économique.
Du président Mobutu Sese Seko, Laurent Désiré Kabila, jusqu’à Étienne Tchisekedi en 2024, tous les processus de paix sont restés des victoires épisodiques et relatives. On préfère les mirages aux virages. En amont, la Belgique et ses comparses européens tiennent les cartes en main à l’ONU et dans les organismes internationaux.
Les richesses du Congo sont si alléchantes que même le bellicisme de ses pays voisins n’offusque personne. Au contraire c’est un moyen de sous-traitance lucrative. En début 2024, des combats et des massacres vitrifient de nouveau la région. Le Congo est une pétaudière politique transformé en chaudière par les armes.
Le chemin de la paix reste toujours introuvable comme une malédiction originelle. Le pays est immense et immensément riche de ses ressources naturelles mais les nombreux vents contraires sont une entrave à son développement. « Le premier ennemi de la révolution, c’est la confusion », disait Ahmed Sekou Touré, le premier président de la Guinée Conakry.

